Mes Revues Littéraires

L’Amie Prodigieuse (1), Elena Ferrante.

Aujourd’hui, je vous retrouve pour parler du premier tome de L’Amie Prodigieuse, la saga phénomène d’Elena Ferrante ! Récemment je suis retournée chez mes parents et il prenait la poussière dans la bibliothèque de ma mère, qui possède les trois premiers livres de la saga mais ne les a jamais lus : et à l’occasion de la diffusion de la série sur France 2 – dont j’ai adoré les premiers épisodes, soit dit en passant ! – je me suis fait la réflexion que je pouvais bien les lui emprunter pour quelques jours afin de les lire tranquillement chez moi, il n’allait certainement pas lui manquer !

Malgré leur taille conséquente, il ne m’aura pas fallu plus de plus de deux jours pour dévorer ce premier tome, qui plante le décor d’une ville de Naples bouillante de colère, de rancœurs et de violence au sortir de la Seconde Guerre Mondiale. Plus qu’une livre, c’est une véritable fresque historique et romanesque qu’Elena Ferrante nous offre dans ce volet numéro 1.

Note : 4 sur 5.

Elle s’arrêta pour m’attendre et, quand je la rejoignis, me donna la main. Ce geste changea tout entre nous, et pour toujours.

Elena Greco.

TITRE : L’Amie Prodigieuse (1)

AUTEUR : Elena Ferrante

ÉDITÉ PAR : Editions Gallimard, collection Folio.

NOMBRE DE PAGES : 430 pages

DATE DE PARUTION : 30 Octobre 2014

GENRE : Littérature Contemporaine, Drame

PRIX : 26,90€ (grand format) / 8,50€ (poche)

RÉSUMÉ : « Je ne suis pas nostalgique de notre enfance: elle était pleine de violence. C’était la vie, un point c’est tout: et nous grandissions avec l’obligation de la rendre difficile aux autres avant que les autres ne nous la rendent difficile.»
Elena et Lila vivent dans un quartier pauvre de Naples à la fin des années cinquante. Bien qu’elles soient douées pour les études, ce n’est pas la voie qui leur est promise. Lila abandonne l’école pour travailler dans l’échoppe de cordonnier de son père. Elena, soutenue par son institutrice, ira au collège puis au lycée. Les chemins des deux amies se croisent et s’éloignent, avec pour toile de fond une Naples sombre, en ébullition.

Que dire de cette lecture ! Je l’ai vraiment adoré. Bien que les premiers chapitres ne soient pas des plus intéressants et aient été un peu plus difficiles à passer que ceux concernant l’adolescence de Lila et d’Elena, ils sont tous de même nécessaire pour comprendre la force et la puissance de cette œuvre, qui comporte un nombre personnage tout bonnement ahurissant, mais qui permettent de lui offrir un véritable cadre, avec un société napolitaine en pleine ébullition, en pleine perdition, dans un contexte économique difficile. Ce que ce roman possède de plus beau, en lui, c’est le réalisme avec lequel il est construit ; le lecteur s’immerge vite dans ce Naples des années cinquante tant les détails sont recherchés.

« Moi, je ne tomberai jamais amoureuse de personne et je n’écrirai jamais, mais alors jamais, de poésie.
– Je te crois pas.
– C’est pourtant vrai.
– Mais des hommes tomberont amoureux de toi.
– Tant pis pour eux.

Lila et Elena.

De très nombreux points positifs qui vous feront aimé le roman à coups sûrs : son décor, l’histoire en elle-même, les personnages, les réflexions et les questionnements que cette magnifique histoire pose nécessairement. Cependant, il est à noter que certaines faiblesses dans la construction de l’œuvre qui peuvent nuire à une lecture fluide, mais surtout agréable ; tout particulièrement, les caractères de nos deux protagonistes, Elena et Lila, ainsi que la construction même du roman.

Était-il donc possible que seul notre quartier soit saturé de tensions et de violences, alors que le reste de la ville était radieux et bienveillant ?

Elena Greco.

Le premier point qu’il faut souligner et reconnaître à L‘Amie Prodigieuse, je le citais plus haut, et son réalisme et la justesse du décor dans lequel nous somme immédiatement plongés dès les premières pages. L’auteure dépeint avec justesse, sans édulcorer ni exagérer, avec simplicité et authenticité, le quartier pauvre de Naples des années cinquante dans lequel Elena et Lila grandissent. Un quartier gouverné par Don Achille et les Solara, deux familles violentes qui terrorisent les gens du quartier, tant et si bien que personne n’ose protester et que tous se soumettent à leur volonté ; un quartier où les rêves, les ambitions, finissent broyés par le manque d’argent, une pauvreté qui poussent les sentiments de tous un chacun à des extrêmes, à la violence, à la jalousie et la corruption ; un quartier où les hommes règnent en maître et où les femmes ne peuvent prétendre à rien de plus qu’à devenir des épouses, et où l’éducation est une affaire de privilégiée. Grâce à la multiplicité des personnages et des histoires qui s’emmêlent les unes aux autres, nous avons véritablement affaire à une société microscopique et plus ou moins hétéroclite, bien que tous relié par la pauvreté et leur soumission aux chefs de quartier.

Nous ne savions rien, à presque treize ans, des institutions, des lois ou de la justice. Nous répétions, et à l’occasion nous faisions avec conviction, ce que nous avions entendu et vu faire depuis notre prime enfance. La justice ne se faisait-elle pas à coups de raclées?

C’est dans ce milieu très dur que nos protagonistes évoluent, depuis leur enfance jusqu’à leurs seize ans (pour ce qui est du tome 1), un milieu dans lequel elle doivent apprendre à se débattre contre le forces du déterminisme social qui les attire à mesure que les années passent. Si Lila et Elena sont toutes deux très intelligentes pour leur jeune âge, seule Elena a l’occasion de poursuivre ses études, encouragée par sa professeure et des parents plus complaisants que les Cerullo, parents de Lila qui préfèrent l’envoyer travailler dans la cordonnerie familiale avec son frère Rino et son père Fernando. C’est justement grâce au personnage d’Elena Greco, et par le prisme de ses études, que nous voyons tous le sens de l’éducation et de l’instruction en contraste avec cette société faite de riens, la plèbe, comme la nomme Mme Oliviero. Tout est raconté dans le détails et avec de larges descriptions, une ambiance, pour nous plonger dans la rancœur permanente de ce quartier.

« Tu sais ce que c’est, la plèbe ?- Oui , Madame. » Ce que c’était, la plèbe, je le sus à ce moment-là, beaucoup plus clairement que quand Mme Oliviero me l’avait demandé des années auparavant. La plèbe , c’était nous. La plèbe, c’étaient ces disputes pour la nourriture et le vin, cet énervement contre ceux qui étaient mieux servis et en premier, ce sol crasseux sur lequel les serveurs passaient et repassaient et ces toasts de plus en plus vulgaires. La plèbe, c’était ma mère, elle avait bu et maintenant se laissait aller contre l’épaule de mon père qui restait sérieux, et elle riait, bouche grande ouverte aux allusions sexuelles du commerçant en ferraille. Tout le monde riait et Lila aussi, elle semblait avoir un rôle à jouer et vouloir le jouer jusqu’au bout.

Elena Greco

Concernant les personnages, ce sont évidemment Lila et Elena qui nous intéressent le plus, bien que d’autres enfants (Nino Sarratore, les enfants Solara, Stefano Carracci, Rino, le frère de Lila) recouvrent une importance capitale dans le roman. La relation amour-haine qui les lient l’une à l’autre est l’exemple parfait des dérives du quartier et des sentiments qu’il peut engendrer ; alors que Lila est dépeinte comme méchante par Elena, avec des mots très durs, des jugements trop prompts et une tendance à l’exagération manifeste d’un besoin de reconnaissance, Elena, elle est plus clame, plus douce, mais trop peu sûre d’elle, admirative de la force de caractère Lila, qui pourtant n’hésite pas à l’utiliser ou à la rabaisser pour satisfaire ce même besoin de reconnaissance dont je vous parlais plus haut. Pourtant, Elena est fascinée par le charme de Lila, par son intelligence, son aisance, sa grâce, quand elle-même ne se sent pas désirée, fade et sans intérêt. Elena admire surtout le refus de se soumettre de son amie, son tempérament fort qui lui vaut d’être méprisée, mais d’un mépris dont elle se moque royalement. C’est par le prisme de leur relation fragile, entre amour, haine, jalousie, mesquinerie, que se joue l’enjeu du roman. Alors qu’Elena essaye peu que peu de s’affranchir de sa condition, elle continue d’admirer Lila qui elle la jalouse en secret ; c’est cette jalousie mutuelle mêlée d’admiration qui les poussent toutes deux dans leurs propres directions, à viser toujours plus, toujours plus loin, pour se surpasser. Leur relation est une lutte de pouvoir mêlée d’amour, où chacun refuse de se soumettre à l’autre, puisque, dans leur quartier, il n’existe que la hiérarchie, et non l’égalité. Là où Elena brille, dans les études capables de la tirer de son quartier de misère, Lila veut la surpasser par le mariage qui lui apportera l’argent et donc le pouvoir.

Il n’existe aucun geste, aucune parole ni soupir qui ne contienne la somme de tous les crimes qu’ont commis et que continuent à commettre les êtres humains.

L’histoire de l’Amie Prodigieuse, plus que celle d’un quartier, plus de la relation amour et haine entre Elena et Lila, est centrée autour de la lutte du pouvoir : économique, hiérarchique, sociale, familiale, patriarcale, tout y passe. Tous veulent devenir riches, tous veulent conquérir leur liberté en asseyant son pouvoir sur les autres – Rino, par exemple, tente de trouver la richesse avec les chaussures Cerullo et va même à réclamer de l’argent à son propre père, avec lequel il est perpétuellement en conflit. Personnage pourtant gentil et agréable au début, il devient vite bouffé par l’idée fixe de conquérir le même pouvoir, la même richesse dont les Solara et les Carracci jouissent et qu’ils exposent tous les jours sans gêne. Le pouvoir, c’est aussi celui que l’éducation d’Elena procure à cette dernière, celle qui fait autorité sans être éblouissante et dont pourtant personne n’a conscience, Elena la première. Le pouvoir s’acquiert quitte à trahir, à être corrompu, tout est bon pour échapper à sa misère sans scrupules moraux.

La beauté que Lila avait dans la tête depuis l’enfance n’a pas trouvé à s’exprimer : elle a fini entièrement sur sa figure, dans ses seins, ses cuisses et son cul. Mais ce sont des endroits où la beauté ne dure pas, et après c’est comme si elle n’avait jamais existé.

Mme Oliviero à Elena.

Ainsi ce tome 1 de l’Amie Prodigieuse, très dense, pose de nombreuses questions sur la société, dont la plus forte apparaît comme étant celle de l’accès à l’éducation qui donne le pouvoir, et qui permet de conquérir sa propre liberté de vivre et de pensée qui rend tout le monde tellement jaloux.

Cependant, si beaucoup d’aspects du roman exaltent la lecture et la rendent d’une profondeur et d’un intérêt vertigineux tant sur le plan du social que sur celui du romanesque, certaines faiblesses peuvent apparaître sous différentes formes.

C’était une vieille crainte, une crainte qui ne m’était jamais passée : la peur qu’en ratant des fragments de sa vie, la mienne ne perde en intensité et en importance.

Tout d’abord, il n’est pas exclu que l’on puisse très vite être agacé par le comportements et les caractères distinctifs de nos deux protagonistes, Elena et Lila, qui sont très lourds et répétitifs. Si cela s’inscrit dans la continuité du roman, il peut vite devenir désagréable de lire une Elena qui doute toujours d’elle et qui s’obstine à rester attachée à Lila quand celle-ci la rabaisse ouvertement et la blesse sans gêne ; pourtant Elena continue de la décrire du même ton admiratif et énamouré alors que de notre côté, nous voudrions qu’elle lui dise ses quatre vérités. De même, le caractère de Lila n’est pas toujours facile à lire ou à supporter. Très dure, méchante, toujours insatisfaite, refusant de faire des conciliations, rabaissant les uns pour mieux les éclipser et briller, Lila donne souvent l’impression de vouloir aspirer le monde autour d’elle pour exister seule, être l’unique ; celle qui conquiert les cœurs, les âmes, au détriment des douleurs et drames qu’elle peut provoquer ; c’est une égoïste presque trop parfaite, et elle ne semble parfois recouvrer qu’un peu d’humanité auprès d’Elena, avant de retomber bien vite dans ses travers et de continuer à la rabaisser pour mieux cacher le dégoût et la haine qu’elle a envers elle-même. Quatre cents pages de ces mêmes réflexions, de cette même chorégraphie peut vite lasser ou du moins nous épuiser par la dureté de l’une comme la complaisance de l’autre.

C’était comme si, par quelque vilain tour de magie, la joie ou la douleur de l’une impliquaient la douleur ou la joie de l’autre.

La construction même de l’histoire peut prêter à confusion pour les esprits les moins entraînés ; Elena Ferrante ne va en effet pas d’un point A à un point B mais raconte son histoire par dérives continuelles, des dérives qui s’enchaînent jusqu’à la fracture pour revenir à un tout autre moment de l’histoire que le présent avait fini par tuer. Bien que l’espace-temps du roman ne soit tout de même pas si complexe à suivre que le scénario d’Inception, loin de là, il peut tout de même fatiguer ; de même, les pages, et les pages entières de descriptions ne sont pas faites pour ceux qui aiment les dialogues, trop peu présents et qui auraient le méritent d’accélérer l’histoires à certains instants, et d’éviter de nombreuses longueurs – qui ne sont pas inutiles, certes, mais dont nous pourrions tout de même nous passer.

D’habitude, c’est moi qui étais belle, alors qu’elle était sèche comme un clou et qu’émanait d’elle une odeur sauvage; elle avait un visage long, étroit aux tempes et serré entre deux bandes de cheveux lisses et très noirs. Mais quand elle avait décidé de balayer Alfonso ou Enzo, son visage s’était illuminé comme celui d’une sainte guerrière. Le rouge lui était monté aux joues, signe que chaque parcelle de son corps s’était enflammée, à tel point que, pour la première fois, je m’étais dit: Lila est plus belle que moi. J’étais donc deuxième en tout. Et j’avais espéré que personne ne s’en rendrait jamais compte.

Enfin, ce roman ne peut pas être lu par quelqu’un en manque de culture historique, ou littéraire, car à moins d’avoir des ouvrages spécialisés ouverts sur les genoux, il sera très difficile d’assimiler et de bien comprendre certains passages où l’auteure joue avec des notions complexes, et dont l’interprétation n’a rien de naturel.

Après avoir beaucoup entendu de gens parler de cette saga et vanter les qualités d’écriture d’Elena Ferrante, je dois vous avouer que j’étais sceptique, avant de commencer moi-même la lecture des quatre livres. Avec ce premier tome, cependant, mes doutes sont déjà presque tous tombés, pour laisser place à l’assentiment, celui qui me permet de réaliser à quels point les échos de la presse et des lecteurs pouvaient s’avérer juste.

Elena Ferrante ne se contente pas de raconter une histoire, la sienne, elle décrit plus que cela ; une ville et une société toute entière dans laquelle elle a grandi, et dont le personnage d’Elena Greco porte les stigmates et les cicatrices tout au long de son adolescence, alors même que son éducation lui permet de découvrir de nouveaux horizons et lui donner les outils nécessaires pour comprendre à quel point elle doit s’élever au-dessus des racontars et de la vie de son quartier pauvre; Mais plus qu’une histoire, pas toujours simple à suivre, pas toujours agréables non plus, ce premier volet pose les questions des inégalités sociales, de la rancœur, de la violence dans une société profondément marquée par la SGM où règne la corruption, la violence, le sexisme et où tous doivent se contenter de leur misère, faute de mieux. Le personnage de Lila, bien qu’exaspérant par moment, est un exemple type de la jalousie même et d’une vie prometteuse gâchée par une naissance malchanceuse.

J’ai terriblement hâte de commencer le tome 2 pour poursuivre l’histoire de nos deux héroïnes, après une cliffhanger lourds de conséquences, je le devine, la fin du tome 1.

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