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Ensemble, on aboie en silence, Gringe.

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Il y a quelques mois de cela, alors que je me perdais entre les rayons d’une librairie, mon œil a immédiatement été attirée par ce titre particulièrement poétique ; Ensemble, on aboie en silence.

Puis, c’est son auteur qui m’a interpellée.

Je n’ai jamais été une grande fan de rap, et j’avoue que même si Orelsan – nouvel album tellement incroyable – est parvenu peu que peu à se tailler un place dans ma playlist Spotify, je n’ai jamais vraiment écouté Gringe, son acolyte, mis à part grâce à quelques titres des Casseurs Flowters.

Comprenez donc ma surprise quand c’est son nom que j’ai vu sur la couverture. En le lisant, le résumé m’a immédiatement captivée, mais déjà chargée de livre, je ne l’ai pas acheté, en me disant que je finirais sans doute par l’oublier, comme c’est le cas avec tellement de lire que je veux sur l’instant et que mon budget limité écarte malgré moi. Pourtant, j’y ai repensé à plusieurs reprises. Un livre sur les schizophrènes qui n’en parle pas du point de vue froid et médical… 

Finalement j’ai craqué, je me le suis procuré…

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Note : 4 sur 5.

Comment garder une estime de soi valable quand on est étiqueté malade et sorti des rails pour une vie en marge du monde ?

TITRE : Ensemble, on aboie en silence

AUTEUR : Gringe

ÉDITÉ PAR : Harper Collins, Wagram

NOMBRE DE PAGES : 176 pages

DATE DE PARUTION : 09/09/2020

GENRE : Tranche de vie autobiographique

PRIX : 16.50€ (broché) / 6.50€ (poche) / 5.99€ (e-book)

RÉSUMÉ : « Il y avait cet énorme chêne près des toilettes des garçons, sur lequel je reproduisais les coups de pied retournés du Chevalier lumière, pour envoyer un signal aux inconscients qui t’auraient cherché des noises. Il ne pouvait rien t’arriver. Tu avais un frère dans la cour des grands.« 
Deux frères L’un, candide, l’autre, rageur. Leurs parents ont mis au monde la parfaite antithèse.
Quand Thibault fonce, Guillaume calcule.
Si Thibault tombe, Guillaume dissimule.
Prise de risque contre principe de précaution. L’amour du risque face à l’art de ne jamais perdre .
En 2001 Thibault est diagnostiqué schizophrène
À cela, un chevalier Lumière ne peut rien. Sa bascule, il fallait la raconter. Et aussi la culpabilité, les traitements, la honte, les visions, l’amour, les voyages, les rires, la musique et l’espoir. Alors, Thibault a accepté de livrer ses folles histoires. Et ses voix se sont unies à celle de son frère.
Contre une maladie qui renferme tous les maux, les clichés, les fardeaux, ils ont livré bataille. À partir d’une tragédie universelle, ils ont composé un livre où douleur et mélancolie côtoient la plus vibrante tendresse.

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L’amour comme un formidable canal vibratoire lui permet chaque fois d’entrer à nouveau en résonnance avec lui et le monde autour.

Si je devais décrire cette lecture en un mot, je dirais qu’elle est surprenante. 

Surprenante dans le sens où, dès la lecture du résumé, je savais dans quelle thématique je m’embarquais. Un livre sur la schizophrénie, personnel et un peu vulgarisé, certainement pas une typologie de la maladie, mais plus une histoire de famille, de vécu et de ressentis.

Pourtant, je ne m’attendais pas à ça.

Dès les premières pages, Gringe pose le contexte : l’œuvre est proposée par la maison d’édition, moyen de se faire de la thune sans trop forcer, tout en se racontant. Le problème, c’est de convaincre Thibault de lui accorder des entretiens pour discuter de la maladie. L’offre est alléchante, 10 000 euros d’avance. Pour 10K, tu le fais ou pas ?

J’ai adoré cette honnêteté sur les motivations, c’est si rare – voire inexistant – de la part des artistes, influenceurs, youtubeurs, des artistes qui sortent de leur domaine pour le livre. Le livre, c’est pérenne, c’est fixe, avec un nom comme le sien et sa popularité, c’était bankable. Il existe sans doute des raisons plus personnelles à cette entreprise, mais la franchise sur l’appât du gain, c’est encore rarement assumé. Et puis, quand on est auteur-compositeur, on ne s’éloigne pas tellement du domaine littéraire ; livre, chanson, un texte, c’est un texte.

Je refuse qu’on ne voie plus en lui qu’un symptôme. Ça le dépossède de sa personne, ça le dépossède de son histoire. Et les deux sont bien trop belles.

Le but du livre n’est clairement pas médical, ni même social : juste raconter l’histoire de Thibault, dans son entièreté, décrypter leur relation fraternelle. La maladie n’est pas décortiquée, elle est présente tout au long du roman, nous accompagne, sans éclipser l’humain. Dédramatiser sans nier. Parce qu’avant d’être schizophrène, Thibault, c’est d’abord un frère, un fils, un individu ; ne pas le limiter au rôle de patient abruti par les médicaments.

Sans, évidemment, prétendre que le trouble n’est pas là, que les conséquences n’existent pas, pas plus que les difficultés.

Pour cela, les voix des frères Tranchant se mêlent : si Guillaume évoque sa culpabilité envers son frère, son amour, ses angoisses, sa tristesse, sa haine contre ceux qui détourne le regard, et son admiration pour lui, Thibault, nous partage ses textes à l’écriture poétique et onirique, ses photos, des bribes de sa vie, ses voix auxquelles il s’est attaché, sa lutte quotidienne. 

Ensemble on aboie en silence, c’est avant tout une histoire de famille. Une famille qui ne baisse pas les bras face à la maladie, qui raconte les beaux moments, l’amour et l’espoir, les désillusions, les traitements et l’impuissance sans se rendre.

Moi, ça me fait mal de regarder Thibault devoir se justifier. Ils ont beau l’avoir tous vu grandir, je vois bien qu’à présent ils se méfient de lui.
Le petit Titi est devenu persona non grata.
Le pire, ce sont les silences qui accompagnent ses faits et gestes.

C’est un livre authentique, qui se lit sans se lâcher une seconde. Sans trop s’appesantir, sans être trop lourd, Guillaume et Thibault captent notre attention et ne la lâchent plus.

Cependant, il n’en reste pas moins que le livre semble parfois être décousu, et donc confusant. Les chapitres s’enchaînent sans forcément avoir de lien les uns avec les autres ; Guillaume et Thibault échangent leurs voix sans crier gare. Même si le sujet est intéressant, on peut être tenté de décrocher. 

On n’a pas toujours été les frangins les plus fusionnels de la Terre, il n’en reste pas moins que Thibault continuera d’être ce « mini-moi » que j’ai adoré cramponner d’amour dans les couloirs de la maternelle, quand lui et sa petite section nous passaient devant à l’heure de la récréation.
Celui à qui j’ai montré comment s’asseoir sur le pot, lu des Tom-Tom et Nana, soigné les bobos à coups de bisous magiques.
À quel moment j’ai manqué de vigilance ?
Évidemment que je me sens coupable.
Je suis le grand frère que je ne souhaite à personne.

Cette déconstruction, pour ma part, je la pense voulue, ou du moins justifiée. Peut-être est-elle simplement le reflet de ce sentiment d’impuissance, de perdition face à la maladie ?

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Au cours de ma quête éperdue de conneries à faire, tu te retrouvais souvent aux premières loges, quand je ne décidais pas de t’attribuer le premier rôle..

Si vous vous attendez à un roman dur, qui parle de la maladie, en fait la typologie, passez votre chemin. La schizophrénie, elle est évoquée, oui ; elle est le point de départ, le fil conducteur de l’intrigue, mais elle ne pèse pas sur chacun des mots. Pourquoi ? Parce que derrière la maladie, il y a l’humain, qui vit avec, qui précède la pathologie. Qui n’est pas QUE ça. C’est un roman de ressentis, d’espoirs, de peur, de culpabilité.

De fraternité et d’amour, au-delà de tout.

L’histoire de deux frères en quête l’un de l’autre.

Amoureux de l’authenticité, et d’onirisme, cette lecture est pour vous.

1 réflexion au sujet de “Ensemble, on aboie en silence, Gringe.”

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