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L’Île Aux Arbres Disparus, Elif Shafak

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J’espère que vous allez bien !

Je vous retrouve aujourd’hui pour vous parler de ma première lecture de ce mois de mars, une lecture que j’attendais avec impatience : L’Île Aux Arbres Disparus !

Grande amatrice des romances historiques, l’intrigue m’a tout de suite séduite : une histoire d’amour impossible pendant la guerre civile de Chypre, et l’occasion de découvrir un pan d’histoire que je ne connais pas… Avant même sa sortie, le 12 Janvier dernier, j’étais déjà embarquée par les mots d’Elif Shafak.

Et qu’on se le dise, cela m’a sans doute desservie : moi qui m’attendais à un vrai coup de cœur comme bon nombre de lecteurs, j’en ressors plutôt mitigée.

Utilisons le terme : par rapport à ce à quoi je m’attendais, c’est une petite déception.

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Note : 3.5 sur 5.

Je veux que tu comprennes une règle cruciale à propos de l’amour. Vois-tu, il y en a deux sortes, celui de la surface et celui des eaux profondes. Eh bien, Aphrodite a émergé de l’écume, tu te rappelles ? L’amour écumant est une sensation palpitante, mais tout aussi superficielle. Quand elle disparaît, c’est fini, il ne reste rien. Recherche toujours le genre d’amour qui vient des profondeurs.

TITRE : L’Île Aux Arbres Disparus

AUTEUR : Elif Shafak

ÉDITÉ PAR : Flammarion

NOMBRE DE PAGES : 432 pages

DATE DE PARUTION : 12 Janvier 2022

GENRE : Historique, Contemporain

PRIX : 22 € (broché) / 14,99€ (e-book)

RÉSUMÉ : Ce roman commence par un cri et s’achève par un rêve.
Le cri, interminable, est celui que lance aujourd’hui une adolescente de seize ans, prénommée Ada, en plein cours d’histoire dans un lycée londonien.
Le rêve est celui d’une renaissance.
Entre les deux a lieu la rencontre du Grec Kostas Kazantzakis et d’une jeune fille turque, Defne, en 1974, dans une Chypre déchirée par la guerre civile.
Elif Shafak crée des personnages débordant d’humanité mais aussi de failles et de doutes, d’élans de générosité et de contradictions, pour conter l’histoire d’un amour interdit dans un climat de haine et de violence qui balaie tout sur son passage. Sa prose puissante convoque un savant mélange de merveilleux, de rêve, d’amour, de chagrin et d’imagination pour libérer la parole des générations précédentes, souvent réduites au silence.

Comme je le disais plus haut, alors que je m’attendais à dévorer ce roman et en tomber littéralement amoureuse, la réalité est tout autre.

Je suis vraiment partagée. Sans pouvoir dire que c’est un mauvais roman, ce n’est pas non plus un excellent livre. En dépit du charme qui se dégage de l’intrigue, l’écriture est cependant quelque peu déséquilibrée à mon goût, et l’histoire d’amour, cœur du roman, manque d’épaisseur. En résumé, il y a beaucoup de jolis moments de lecture, mais tout autant de lacunes.

Ce que j’adore dans les romances historiques, au-delà de l’histoire d’amour, c’est découvrir des réalités passées que je ne connaissais pas, souvent même pas évoquées dans les cours d’histoire au collège ou au lycée. Alors que la Librairie de Téhéran m’a transportée en pleine révolution iranienne pendant les années 50, l’Île Aux Arbres Disparus m’a de son côté emmenée jusqu’à Chypre, plus exactement dans sa capitale, Nicosie.

Les gens nés dans des îles troublées ne peuvent jamais être tout à fait normaux. Nous faisons semblant, il nous arrive même de faire des progrès spectaculaires – mais nous ne parvenons jamais à croire en la sécurité. Le sol qui semble solide comme le roc pour d’autres est une océan agités pour ceux de notre espèces.

Derrière ces magnifiques plages touristiques, l’histoire terrible d’une guerre civile entre Chypriotes, grecs au sud, turcs au nord. Nicosie est le cœur des affrontements entre les deux nations : en 1974, alors que Defne, chypriote turque, et Kostas chypriote grec, n’ont pas le droit de s’aimer, ces deux derniers refusent cette réalité. Avec ces belles descriptions de la ville, de la nature, mais aussi des passages plus durs sur la guerre dans les années 70, chargés d’histoire, j’ai véritablement voyagé jusqu’à cette île de la méditerranée. Les descriptions de la nature d’Elif Shafak sont à mes yeux les plus envoûtantes, et les plus pleines d’émotions, et les plus humaines.

Le roman est constitué de six parties : comme annoncé, l’histoire comme avec le cri d’Ada, la fille de Kostas et de Defne, et se conclut par une renaissance. Telle une boucle, le récit commence du point de vue du figuier (oui oui) planté dans le jardin des Kazantzakis.

Les humains ! A force de les observer depuis si longtemps, j’en suis arrivé à une triste conclusion : ils n’ont pas vraiment envie d’en savoir plus long sur les plantes. Ils ne veulent pas savoir si nous sommes capables de volonté, d’altruisme et de solidarité. Même s’ils trouvent ces questions intéressantes à je ne sais quel niveau abstrait, ils préfèrent les laisser inexplorées, irrésolues. Ils trouvent plus commode, j’imagine, de supposer que les arbres, qui n’ont pas de cerveau au sens conventionnel, ne peuvent connaître que l’existence la plus rudimentaire.

L’histoire est constituée d’allers-retours dans le passé et dans le présent, racontés en alternance par le narrateur et par ce figuier : d’ailleurs, saviez-vous que le figuier est un arbre sacré pour bon nombre de cultures ? C’est le figuier qui nous raconte l’histoire de Defne et de Kostas, avec une émotion toute particulière. Le point de vue de l’arbre, original, est très bien écrit à mes yeux ; Elif Shafak parvient avec un style vibrant à nous raconter la nature, à la rendre vivant et pleine de sensations, nous offre une toute nouvelle vision de cette nature si belle, devant laquelle nous passons chaque jour sans lui accorder d’importance.

Elif Shafak profite de son histoire pour nous instruire des autres cultures, de la nature, de l’histoire ; c’est ce qui est pour moi le plus beau et le plus réussi dans son roman. L’auteure nous raconte l’histoire d’amour de Kostas et de Defne, mais aussi, par bribe, la relation d’Ada avec sa mère, puis avec le passé de ses parents, dont elle ignore absolument tout.

Les jeunes sont impatients. Ils ont hâte que l’école s’arrête et que la vie commence. Mais laisse-moi te confier un secret : elle a déjà commencé ! C’est ça, la vie. L’ennui, la frustration, le désir d’une existence meilleure.

Dans plusieurs passages, dans plusieurs phrases, il y a une mélancolie poétique qui se dégage, au goût doux-amer. L’Île Aux Arbres Disparus explore le passé, les mémoires transgénérationnelles de la douleur et des crimes.

Avec des thèmes aussi importants et vibrants, pourquoi donc le coup de cœur n’a pas été au rendez-vous, pourquoi ma lecture reste si mitigée ?

Les gens supposent sur c’est une question de personnalité, cette différence entre optimistes et pessimistes. Mais je crois que tout cela vient d’une inaptitude à oublier. Plus grands sont vos pouvoirs de rétention, plus minces sont vos chances d’optimisme.

Tout d’abord, l’histoire d’amour entre Defne et Kostas, cette romance interdite qui m’a séduite dans le résumé, est à mes yeux beaucoup trop superficielle. Elle manquait d’émotions ; elle manquait aussi d’épaisseur. Si je n’ai pas nécessairement besoin de tout connaître de la genèse d’une histoire d’amour, j’ai besoin de détails, de moments, de poésie. Pour la majeure partie de l’histoire, j’ai trouvé que les moments entre Kostas et Defne, et leur relation en règle générale, n’était pas suffisamment exploitée, et c’est bien dommage puisqu’il s’agit du fil conducteur de l’histoire. Si j’ai adoré les moments de leur amour racontés par le figuier, je les ai trouvé trop peu nombreux.

Un aigle ne se nourrit pas de mouches.

Autre point décevant pour moi ; l’inégalité des points de vue. Autant j’adoré quand le figuier nous parlait de nature, de Chypre et du passé, autant la narration en tant que telle n’a m’a que très peu surprise et fait voyager. Les passages relatant le présent, à quelques exceptions, ne m’ont pas transporté non plus. Les allers-retours incessants entre le passé et le présent, s’ils offrent une mise en perspectives intéressantes, sont trop récurrents pour permettre de créer cette épaisseur qui m’a manqué dans l’histoire de Kostas et Defne.

De même, si certaines descriptions sont très belles et lyriques, il y en en revanches beaucoup de longueurs, notamment vers la fin.

Le passé est un miroir sombre, déformant. Tu le regardes, tu ne vois que ton propre chagrin. Il n’y a aucune place pour la douleur des autres.

Enfin, élément qui m’a sans doute le plus déçue ; les personnages. S’ils sont intéressants, en dehors de Kostas – et du figuier, bien sûr –  je ne me suis absolument pas attachée à eux. Même à Defne ou à Ada, pourtant pas mal écrites, je n’ai pas pu créer de réel lien avec elles. Pire, j’ai vraiment eu du mal à supporter, à plusieurs reprises, Meryem, la tante d’Ada. Son côté moralisateur et traditionaliste m’a fatigué, ses opinions à mon sens légèrement sexistes, sa manie de ne parler qu’avec des proverbes… C’est vraiment un personnage que je n’ai pas du tout apprécié, et qui a mon sens n’a pas apporté grand-chose à l’intrigue.

C’est cela le problème des passages concernant le présent ; je me suis souvent demandé quel était leur réel intérêt. L’idée de mettre en parallèle passé et présent, dans l’absolu, c’est plutôt prometteur et séduisant, pour offrir une meilleure mise en relief, un contraste plus net. Mais il faut, en contrepartie, que le lien se fasse, solide. Évident. Or, ce n’est pas le cas ici. Alors, forcément, cela casse le rythme et l’utilité de cette alternance.

 

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Après une semaine et demie de lecture – ce que je trouve long – l’Île Aux Arbres Disparus est une lecture très mitigée pour moi. Si le côté historique de l’intrigue est prenant, la narration du figuier génialissime et que certains passages sont rythmés par une plume lyrique et vibrante, l’ensemble ne m’a pas comblée. 

Les gens de mon âge n’ont pas peur de se poser des questions. Le monde a changé.

L’histoire d’amour est bien là, belle et romantique mais pas assez épaisse. Les personnages sont intéressants, mais au final peu attachants – voire pour certains, insupportables. L’alternance passé/présent est intéressante mais manque de liens et de profondeur. Bien que l’on voyage à Nicosie, que l’on découvre Chypre, son histoire tragique, sa culture et ses traditions, bien que l’on redécouvre une nature vibrante, sensuelle, magique, qui parvient à nous faire voyager, le roman reste fortement inégal, trop peu creusé. 

Malgré les 419 pages de lecture, ce joli roman, plaisant à lire au demeurant, manque pourtant de densité, et s’éparpille beaucoup trop. 

L’amour est l’assertion audacieuse de l’espérance. On n’étreint pas l’espérance quand la mort et la destruction ont pris les commandes. On ne met pas sa plus jolie robe et une fleur dans les cheveux quand on est entouré de ruines et d’esquilles. On ne cède pas à son cœur, en temps où les cœurs sont censés rester scellés, surtout à ceux qui ne sont pas de votre religion, ni de votre langue, ni de votre sang.

Dommage ; moi qui avait hâte de le lire, j’en ressors légèrement déçue, et j’en suis loin du coup de cœur. Est-ce parce que je ne suis toujours pas remise du torrent d’émotions suscité par le Chant d’Achille, ou tout simplement parce que j’en attendais trop ? Si ce n’est pas ma pire lecture de 2022, ce n’est certainement pas un roman qui me marquera.

Allez-vous craquer malgré tout pour cette lecture ?

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