Mes Revues Littéraires

Reine de Cœur, Akira Mizubayashi

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Nous nous retrouvons aujourd’hui pour la première critique du mois de Juin, avec une nouveauté de la rentrée littéraire d’hiver 2022 qui me faisait de l’œil depuis un moment ; Reine de Coeur, de Akira Mizubayashi !

Si vous me suivez depuis un certain temps, vous devez sans doute savoir à quel point j’aime les histoires qui mêlent amour et histoire. J’adore voir l’évolution d’une relation amoureuse aux gré des événements sociaux, comment ceux-ci influent sur les sentiments et l’humain. Et puis, cela me permet d’en apprendre un peu plus sur l’Histoire !

Reine de Coeur est donc un de ces romans qui met à l’épreuve les sentiments en parallèle aux conflits humains… Enfin, sur le papier.

Dans la pratique, c’est une tout autre histoire ; et donc, une vraie déception pour ce roman qui paraissait avoir tout pour plaire.

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Note : 3 sur 5.

Parce qu’au sein de l’armée impériale, l’ordre d’un supérieur, c’était l’ordre de l’empereur.

HARUKI MURAKAMI

TITRE : Reine de Coeur

AUTEUR : Akira Mizubayashi

ÉDITÉ PAR : Gallimard

NOMBRE DE PAGES : 240 pages

DATE DE PARUTION : 10 Mars 2022

GENRE : Littérature étrangère, Drame

PRIX : 19€ (broché) / 13.99€ (e-book)

RÉSUMÉ : En 1939, Jun est étudiant au Conservatoire de Paris. Mais le conflit sino-japonais le contraint à rentrer au Japon. En quittant la France, il laisse derrière lui son grand amour, sa « reine de coeur », la jeune Anna. L’épreuve de la guerre sera d’une violence monstrueuse.Des années plus tard, Mizuné, une jeune altiste parisienne, découvre un roman qui lui rappelle étrangement le parcours de ses grands-parents, Jun et Anna, qu’elle n’a jamais connus. Bouleversée par la guerre et la folie des hommes, leur histoire d’amour, si intimement liée à la musique, pourrait bien trouver un prolongement inattendu.Le passé récent du Japon et les atrocités commises au nom de la grandeur nationale, la musique vécue comme ce que l’humanité porte en elle de meilleur, la transmission du passé malgré les silences familiaux, l’amour de la langue française : dans ce roman à la fois émouvant et captivant, Akira Mizubayashi continue d’explorer les thèmes qui lui sont chers.

Plus qu’une lecture mitigée, c’est une véritable déception pour Reine de Coeur. Comme le résumé m’avait fait craqué dès le mois de février et que l’impatience m’a poussé à me le procurer dès le jour de sa sortie, j’attendais beaucoup de ce roman, que j’avais hâte de découvrir. Le résumé nous présentait le roman comme l’histoire de Jun et Anna, deux amoureux que le conflit sino-japonais sépare, alors que l’Europe est déjà en proie à la Seconde Guerre Mondiale : si cette séparation semblait définitive, Akira Mizubayashi nous promettait une suite, un prolongement de leur idylle.

Au-delà de cette histoire d’amour, le roman était investi de thèmes pour lesquels j’ai une sensibilité particulière ; l’héritage familial, la transmission, la complexité humaine, les répercussions de la guerre : liés à la musique, ces sujets laissaient espérer une avalanche d’émotions !

Et si au début, le roman honorait sa part du contrat avec un style dosant merveilleusement poésie et violence, c’est sur la fin que la désillusion arrive, armée d’un dénouement convenu, de lourdeurs, et d’une superficialité qui gâche tout le beau travail entreprit dans la première partie.

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Pour être honnête, je dois dire que les premières lignes m’ont transportée.

– Tu as vu comment il faut faire? A toi, Mizukami. Vas-y.

Ashibé tend son arme à Jun Mizukami, jeune soldat de troisième classe.
Le soleil d’hiver est à son zénith.
Le sabre dénudé, fier de son irisation argentée, enorgueilli de sa puissance meurtrière, éblouit le soldat de mille feux.

Nous entrons dans ce roman par la violence : celle qu’éprouvent un jeune soldat et sa victime, celle du conflit, celle des militaires crachent sur la population et la violence. Première scène intense, et immersive, qui confond la poésie des souvenirs de Jun à l’horreur qu’il vit : le tableau est saisissant. La scène s’arrête brutalement, sans nous laisser d’indices sur le sort réservé à Jun, désormais traître de l’empire japonais.

La suite de cette première scène, nous connaîtrons plus tard ; du sang et du massacre, nous partons en France pour la tendresse et l’amour ; des noirceurs humaines, nous partons pour la ville des Lumières découvrir la culture musicale.

C’est un début explosif qui nous plonge facilement dans le roman, dans l’intimité de cette idylle malgré la guerre qui approche, se fait sentir, avant de finalement séparer Jun et Anna, auxquels nous nous attachons rapidement dans cette première partie. Il y a beaucoup de passages poétiques, d’autres plus déchirants ; Akira Mizubayashi dose le tout parfaitement. En peu de temps, il nous fait sentir une réelle connexion entre les amoureux. 

Mon père a parlé du kimono qu’elle avait confectionné à son intention il y a quelques années comme katami, c’est-à-dire comme un objet-souvenir qui l’incarne et la remplace en quelque sorte auprès de lui.

J’ai dévoré cette première partie ; j’ai aimé découvrir Jun et Anna, découvrir les horreurs du Japon que je ne connaissais pas, l’endoctrinement des militaires japonais, l’horreur perpétrée au nom de la puissance divine. Le combat de Jun pour conserver son humanité malgré l’inhumanité autour de lui, grâce à la force de la musique et de l’amour, m’a fait vibrer.

L’histoire de Jun et Anna se découvrait petit à petit, par l’intermédiaire d’autres personnages mais avec intensité ! Je me pensais proche du coup de cœur. L’écriture et la narration étaient tout simplement magnifiques.

C’est ce qui a rendu la déception encore plus cruelle ; la rencontre d’Oto et de Mizuné, des décennies après les faits, marquent le début de ce que je qualifie la deuxième partie du roman, et la rupture du charme qui opérait jusque-là.

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Toute la profondeur de la première partie s’efface après la rencontre d’Oto et de Mizuné ; et c’est de là que provient la désillusion. Cette seconde partie est plus importante que la première, elle constitue la majorité du roman. Avec un début aussi excellent, la rupture est vertigineuse, et la superficialité encore plus béante.

Quand il entend de la musique, il voit des choses ; et, inversement, il entend de la musique quand il est en présence de certaines scènes…C’est très frappant…

Cette deuxième partie, c’est ce qu’Akira nous présente comme le prolongement de l’idylle de Jun et Anna, et autant être clair tout de suite : le résumé pourrait être qualifié de trompeur. Alors nous nous attendons à nous plonger dans une histoire d’amour tragique et vibrante d’émotions, celle-ci est finalement peu exploitée malgré les belles paroles du début. La discussion entre Oto et Mizuné ne nous apprend rien sur Jun et Anna de ce que nous avions déjà lu ou deviné. Nous restons très en surface du sujet. Plus ça va, plus leurs rencontres sont vides de nouvelles informations et sont fastidieuses à lire.

A mesure que le roman progresse, nous perdons le sens des thèmes et de la musique en restant sur du basique, et les longueurs s’accumulent, notamment à la fin : cinq pages de descriptions (!) pour évoquer une musique. C’est trop long !

Vous l’aurez compris ; dans cette deuxième partie, il ne se passe pas grand-chose. Elle se lit bien moins vite que la première, et étouffe ce qui avait été mis en place auparavant pour se concentrer sur les rencontres entre Oto et Mizuné, qui sont de plus en plus vides de sens. La fin, je vous l’ai dit, est convenue, et s’étirait pour peu de choses : les quinze dernières pages auraient largement pu nous être épargnées. Conséquence, je me suis vraiment beaucoup ennuyée sur la majeure partie de Reine de Coeur ; en dehors du début tellement intéressant, c’est une histoire mal exploitée à mes yeux. Il y a un vrai fond, une vraie histoire, quelque chose qui m’a véritablement accrochée, et qui est la raison pour laquelle je mets un 3/5.

La musique entière ressemblait à une gigantesque tapisserie de Lurçat où, sur un fond noir peuplé de mille figures de colorations diverses, brillent, de-ci, de-là, comme des signes d’une vie indestructible, d’impalpables étoiles d’un bleu lumineux.

C’est bien ; mais ça s’essouffle vite et ne tient pas sur la longueur.

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Je l’annonçais en début de critique ; ce roman est loin d’être mauvais. Le début est même excellent, avec un subtil mélange de poésie et de violence, de tendresse et de massacre. Nous plongeons dans le cœur de Jun, dans l’intime relation qu’il partage avec Anna, jusqu’à l’éloignement, la déchirure, puis la folie relatée dans le journal de l’infirmière qui le prend en charge. C’est beau, ça se lit vite, il y a de l’action, des sentiments mis à l’épreuve, un contexte historique dramatique tendu qui nous entraîne dans une lecture frénétique.

Oui, mais.

Le charme se rompt dès aussitôt que nous rejoignons notre époque moderne avec la rencontre d’Otohiko et de Mizuné ; à partir de cet instant, le rythme est considérablement ralenti, il n’y a plus d’actions ou presque. L’histoire d’amour de Jun et Anna est complétée par la parole – à ceci près qu’un lecteur un tant soit peu intuitif aura compris la suite de cette idylle plusieurs pages plus tôt. Entre Mizuné et Oto, la conversation est longue, sert finalement peu le roman, et indique même une fin convenue – fameux prolongement qui ne surprend personne. Cette seconde partie déconstruit toute la beauté de la première, nous laisse sur notre faim ; pour ma part, elle m’a beaucoup frustrée, puisque l’histoire de Jun et Anna reste en surface, tout comme le contexte historique.

Il en est de même pour le lien de la musique à la guerre, aux sentiments, à l’humain ; les promesses paraissent tenues au début pour au final mieux nous éconduire sur la fin. Seule la huitième symphonie de Chostakovitch est évoquée, tout au long du roman, avec, en conclusion, cinq pages – rien que ça … – de descriptions sur le rythme de la mélodie. Balzac n’aurait sans doute pas fait mieux.

Mais, on sentait chez l’épistolier, surtout dans les premières lettres , longues et détaillées, une très grande sincérité, un amour débordant, une ineffable douceur de cœur.

Décevant, donc, parce que je m’attendais à plus, et forcément ennuyeux au regard d’une première partie pourtant géniale. Dommage pour Reine de Cœur, avec un aussi joli titre, je pensais que le mien volerait en éclats.

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