Mes Revues Littéraires

Hippocrate aux Enfers, Michel Cymes.

Après avoir lu Une Vie de Simone Veil, la forte impression de son témoignage de la vie dans les camps et l’horreur qui s’en dégageait a perduré. Difficile de comprendre et d’assimiler toutes les horreurs et tous les aspects de cette vie. L’école, dont je suis pourtant sortie il y a simplement quatre ans, ne nous enseigne que le savoir théorique de cette période sombre de notre histoire. Pourtant, qui de mieux pour en parler que ceux qui l’ont vécu, où ceux qui se sont documentés en profondeur sur le sujet ?

Parmi un des aspects souvent peu abordés dans les programme scolaire, on y retrouve les horreurs perpétués par la médecine sur les prisonniers. Je ne voulais pas lire le livre d’un historien sur cette période ; je ne voulais pas lire des explications théoriques dans ces histoires ; j’ai besoin de l’humain pour comprendre, parce que je veux ressentir les émotions – même les plus violentes. Je fais partie de celles qui pensent que ce n’est que dans la douleur ou l’émotion qu’on apprend le mieux.

Du moins, pour cette période, il m’était essentiel de me raccrocher plutôt à la plume d’un médecin qui n’a pas le recul froid de l’historien, tout en me dirigeant vers un œil tout de même spécialisé. C’est donc ainsi que j’ai opté pour l’étude Hippocrate aux Enfers de Michel Cymes, et je n’ai pas été déçue. Les émotions ne m’ont pas lâché une seule seconde.

Note : 4 sur 5.

Comment un homme qui s’est donné pour destin de soigner les autres décide-t-il de les faire souffrir ?

Michel Cymes.

TITRE : Hippocrate Aux Enfers, les médecins des camps de la mort.

AUTEUR : Michel Cymes

ÉDITÉ PAR : Editions Stock

NOMBRE DE PAGES : 216 pages

DATE DE PARUTION : 14 Janvier 2015

GENRE : Essais, étude.

PRIX : 18,50€ (grand format), 7,40€ (poche).

RÉSUMÉ : « C’était là.
C’est là que tant de cobayes humains ont subi les sévices de ceux qui étaient appelés « docteurs », des docteurs que mes deux grands-pères, disparus dans ce sinistre camp, ont peut-être croisés.
Je suis à Auschwitz-Birkenau.
Il s’agit d’un voyage de mémoire, un pèlerinage personnel que j’ai maintes fois repoussé.
Là, devant ce bâtiment, mon cœur de médecin ne comprend pas. Comment peut-on vouloir épouser un métier dont le but ultime est de sauver des vies et donner la mort aussi cruellement ? Ils n’étaient pas tous fous, ces médecins de l’horreur, et pas tous incompétents.
Et les résultats de ces expériences qui ont été débattus, discutés par des experts lors du procès de Nuremberg ? Ont-ils servi ? Ont-ils été utilisés par les alliés après la guerre ? Que sont devenus les médecins qui ont été « exfiltrés » ?
Quand la nécessité est devenue trop pressante, quand j’ai entendu trop de voix dire, de plus en plus fort, que ces expériences avaient peut-être permis des avancées scientifiques, j’ai ressorti toute ma documentation et je me suis mis à écrire.
»

Bien que la lecture de certains passages soient tout bonnement insoutenables, au vu de l’horreur perpétrée par ces médecins qui n’hésitaient pas à sacrifier leur humanité pour une besoin de reconnaissance et de gloire, elle s’est révélée très intéressante, du point de vue historique, humain et scientifique. Un à un, Michel Cymes nous présente une dizaine de ces médecins de la mort, dont certains comparaissent lors du procès des Médecins après la Libération, ainsi que leurs atroces expériences.

Parfois je les observe pour essayer de comprendre ce qui a pu les transformer en bourreaux,ce qui,dans leur personnalité,leur histoire,a pu entrer en réaction physique avec cette période monstrueuse et donner ce composé chimique in croyable apte à transformer un médecin en assassin, un chercheur en tueur.

De nombreuses critiques reprochaient au livre de Michel Cymes sont manque de précisions, et un travail qui n’est pas celui de l’historien : au risque de me répéter, c’est ce qui rend aussi la lecture passionnante. Voir l’humain, sentir l’humain là où il n’y en avait, pas : souffrir devant les atrocités engendrés par Sigmund Rascher et ses recherches sur l’hypothermie qui le conduisaient à jeter dans des bains d’eau glacés des corps nus de prisonniers; sentir la folie de Josef Mengele et ses études sur la gémellité ; haïr August Hirt et ses recherches sur l’ypérine afin de mettre au point des gazs nocifs pour contrer les ennemis du Reich, entraînant la mort et la souffrance de milliers de détenus. Ces trois « médecins », que je tiens à mettre en guillemets puisqu’ils sont allés à l’encontre de ce qu’exige leur profession, ne sont que quelques-uns parmi tant de docteurs (Erwin Ding et ses expérimentions avec le typhus ; Claus Clauberg pour la stérilisation des femmes, etc.) qui ont agi pour le Reich, avec son assentiment et éprouver une once de dégoût envers leurs expérimentations scientifiques. Si certains se couvrent derrière l’idée d’un quelconque avancée pour la science et la médecine nazie, d’autre comme Aribert Heim surnommé le Dr. Tod (tod qui signifie la mort en allemand), ou plus souvent, le « Boucher de Mauthausen », tuent pour le simple plaisir.

« Essayez toujours, il en sortira peut-être quelque chose », avait coutume de répondre ce pseudo-admirateur d’Hippocrate aux médecins lui proposant des expériences toujours plus atroces. Souvenons-nous en retour de la parole d’Ambroise Paré: « Guérir parfois, soulager souvent, consoler toujours ».

Si certes, l’étude de Michel Cymes n’a pas de valeur historique au sens scientifique du terme, elle nous permet tout de même de nous rendre compte des horreurs que la médecine a perpétré au nom de la survie de la race aryenne. Pour ce qui est des médecins, de leurs exfiltrations, leurs histoires personnelles, mais plus que tout, de leur affreuses expérimentations et des raisons de ces dernières, je ne connaissais absolument rien à ce pan de la Seconde Guerre Mondiale. Même si lire le détails des expériences n’a pas toujours été simple, je ressours tout de même de cette lecture avec la sensation s’en avoir plus appris durant ces quelques centaines de pages qu’en plusieurs années au lycée, où justement, seul le savoir pratique et historique, froid, sans humanité, compte.

La justice est représentée les yeux bandés, je me demande si, parfois, ça ne l’empêche pas de voir les criminels.

Michel Cymes ne se contente d’ailleurs pas uniquement d’évoquer les expériences des médecins de la mort, de ces « anti-médecins » ; il nous raconte l’exfiltration de certains d’entres eux – dont le plus célèbre est sans aucun doute Josef Mengele – ou bien encore le recrutement de ces médecins nazis par les USA dans le cadre de l’opération Paperclip. Certains de ces criminels ne seront jamais inquiétés pour leurs criminels, et parviendront à échapper à la justice jusqu’à leur mort, ou tout du moins, la fin de leur vie. Les actions des nations à la fin de la guerre, après la libération et la manière dont ils se sont réappropriées les expériences nazies permettent par ailleurs de poser un autre regard sur la situation et sur les valeurs morales de nos propres pays.

Enfin, Michel Cymes nous fait part de ses proches recherches à l’université de Strasbourg, autrefois fief de Hirt, professeur à la Reichuniversität qui joua un rôle important dans l’assasinat des 86 déportés juifs du camp de concentration d’Auschwitz, dans laquelle il est convaincu de retrouver des preuves matérielles des expériences de ses expériences sur le gaz moutarde, faisant fi de la mauvaise volonté des professeurs travaillant à l’université.

Pardon ou compromission ? Il est difficile de trancher, d’autant que les Etats-Unis n’ont pas été les seuls. Les Soviétiques en ont fait de même, France et Royaume-Uni n’ont guère tardé à suivre le mouvement. Il faut savoir qu’en France, une centaine de techniciens et ingénieurs allemands ont été « invités ». Ils ont permis la mise au point des premiers moteurs à réaction de la chasse française (Snecma Atar), du premier Airbus et des premières fusées françaises. De même, le premier hélicoptère construit dans l’usine devenue plus tard Eurocopter à Marignane, le SNCASE SE. 3000, était une évolution d’un modèle récupéré en Allemagne, le Focke-Achgelis Fa 223 Drachen.

Même si le narrateur ne trouve pas réponse à ses questionnements, il conclue avec objectivité sur cette sombre période de l’histoire, sans justifier les expériences médicales des médecins malgré sa conclusion en demi-teinte. Même si cette étude manque de précision et de développement scientifique à certains moments, elle demeure tout de même une lecture abordables pour ceux et celles, qui, comme moi, ne connaissent que peu ou prou de choses de cet aspect de la guerre. Sans être exclusive, elle est suffisante ; tout en étant parfois insoutenable, elle parvient à se lire plutôt rapidement, à condition d’avoir le cœur bien accroché ; sans répondre aux questionnements de départ, elle nous mène tout de même à une certains réflexion et à plusieurs connaissances.

Savez-vous exactement ce qu’est la soif ? Vous allez devenir fous, vous allez croire que vous êtres dans un désert, vous essaierez de lécher le sable sur le sol.

Wilhem Beiglböck sur les expériences concernant l’eau de mer et sa salinisation.

Ce livre est avant tout, comme le dit modestement Michel Cymes en préambule, une modeste contribution au devoir de mémoire que nous nous devons de faire pour que de telles horreurs n’arrivent plus jamais ; une étude qui mert de poser un autre regard sur les agissement de tous un chacun après la Libération : une manière de nous rappeler, sans détour, que ces médecins, avant d’être des scientifiques, sont surtout des meurtriers qui ont perverti le rôle de la médecine à des fins criminelles. Sans prétention historique d’un point de vue scientifique, il s’agit tout de même d’un ouvrage terriblement douloureux, mais fortement intéressant.

C’est un livre qui apporte des connaissance, de l’humain, de l’empathie, de l’histoire, et un violent coup au coeur à mesure que l’on découvre toute l’horreur dont les hommes sont capables, et que nous devons nous rappeler afin de ne plus jamais tomber dans de telles atrocités.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s