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L’Amie Prodigieuse (2) ; Le Nouveau Nom, Elena Ferrante.

Après le premier tome de la saga de L’Amie Prodigieuse que j’ai vraiment adoré, j’ai immédiatement enchaîné avec le tome 2 ; et déjà, dès les premières pages, j’étais de nouveau addicte. La saga d’Elena Ferrante possède un très grand pouvoir d’attraction avec ses personnages profonds, complexes, tourmentés ; son intrigue toujours plus violente et caractéristique de l’époque, ses questionnements sociaux…

Vous l’avez déjà compris, ce tome 2 a été une très belle découverte pour moi, une deuxième fois ! Très conséquent, je l’ai pourtant dévoré en l’espace d’un ou deux jours, tout simplement parce qu’il m’était impossible de le lâcher tant j’étais captivée. Vraiment très enchantée de ma lecture, que je vais m’empresser de vous expliquer un peu plus en détails.

Note : 4.5 sur 5.

Toute la vie, on aime des gens qu’on ne connaît jamais vraiment.

Elena Greco.

TITRE : L’Amie Prodigieuse (2) ; Le Nouveau Nom.

AUTEUR : Elena Ferrante

ÉDITÉ PAR : Editions Gallimard, collection Folio

NOMBRE DE PAGES : 623 pages

DATE DE PARUTION : 7 Janvier 2016

GENRE : Littérature Contemporaine, Drame

PRIX : 23,50€ (grand format) / 9,10€ (poche).

RÉSUMÉ : Naples, années soixante. Le soir de son mariage, Lila comprend que son mari Stefano l’a trahie en s’associant aux frères Solara, les camorristes qui règnent sur le quartier et qu’elle déteste depuis son plus jeune âge. Pour Lila Cerullo, née pauvre et devenue riche en épousant l’épicier, c’est le début d’une période trouble : elle méprise son époux, refuse qu’il la touche, mais est obligée de céder. Elle travaille désormais dans la nouvelle boutique de sa belle-famille, tandis que Stefano inaugure un magasin de chaussures de la marque Cerullo en partenariat avec les Solara. De son côté, son amie Elena Greco, la narratrice, poursuit ses études au lycée et est éperdument amoureuse de Nino Sarratore, qu’elle connaît depuis l’enfance et qui fréquente à présent l’université. Quand l’été arrive, les deux amies partent pour Ischia avec la mère et la belle-sœur de Lila, car l’air de la mer doit l’aider à prendre des forces afin de donner un fils à Stefano. La famille Sarratore est également en vacances à Ischia et bientôt Lila et Elena revoient Nino.

Ce tome 2 est encore meilleur que le premier, pourtant déjà passionnant ; on retrouve Lila et Elena juste après le mariage de Lila avec Stefano Carracci, un riche boutiquier mais qui se révèle être un homme dangereux, malsaine, et qui considère sa femme comme une énième possession. Ce tome, c’est celui de la révolte, de la rupture ; celle de Lila qui essaiera de s’enfuir de son mariage après avoir tenté de s’y accommoder, et celle d’Elena qui cherche désespéremment à fuir sa condition pour éviter le destin tragique de sa meilleure amie. C’est aussi la rupture entre nos deux amis, de plus en plus rivales, de plus en plus avides de pouvoir, la rupture du pays avec lui-même, fragmenté entre les classes sociales, la violence, la peure, la haine, le désir de richesses.

Un roman passionnante, qui décrit une véritable société, dans tous ses détails, dans tous ses excès et ses décadences, mais qui manque parfois de fluidité et qui en devient même écrasant.

Tout comme dans le premier tome de la saga, Le Nouveau Nom raconte l’histoire d’une société en pleine mutation économique et politique, violente, brûlante, ainsi que le désir grandissant de chacun de fuir la misère, à tel point que la corruption, le mensonge et la traîtrise sont le quotidien des pauvres. Encore une fois, c’est une véritable fresque romanesque que nous offre Elena Ferrante, avec des personnages déjà évoqués mais qui gagnent en profondeur, en consistance ; chacun à son rôle, son caractère et est le reflet d’une mutation sociale ou économique. Ce deuxième tome est celui de la déchéance, lente et progressive, de Lila, mariée à Stefano Carracci qui se révèle être un homme d’une violence extrême ; c’est aussi celui de la maturité d’Elena qui poursuit ses études et voit la misère de son quartier par le prisme des réalités et des notions qui lui sont enseignés à l’école.

« Ce n’était qu’une question d’argent, Lila. Maintenant tout a changé, tu es beaucoup plus belle que la jeune fille en vert. »
Mais je pensai : ce n’est pas vrai, je te raconte des mensonges. Dans l’inégalité il y avait quelque chose de beaucoup plus pervers, et maintenant je le savais. Quelque chose qui agissait en profondeur et allait chercher bien au-delà de l’argent. Ni la caisse des deux épiceries ni même celle de la fabrique ou du magasin de chaussures ne suffisaient à dissimuler notre origine. […] Ça, moi je l’avais compris, et il y avait donc enfin quelque chose que je savais mieux qu’elle : je ne l’avais pas appris dans ces rues mais devant le lycée, en regardant la jeune fille qui venait chercher Nino. Elle nous était supérieure, comme ça, sans le vouloir. Et c’est ce qui était insupportable.

Comme dans le tome précédent, Elena Ferrante nous offre à voir l’évolution de cette société par la relation d’amour et de haine qu’entretiennent Elena et Lila, une amitié teintée de désir et de pouvoir ; puisque, dans leur monde, il n’existe que les soumis et les dominants. Il est très intéressant d’observer combien la vie de l’une et de l’autre est vécue de manière totalement différente, pleine de rancœur et de tristesse pour Lila, qui pourtant à fait un beau mariage avec un homme qui la possède grâce à l’argent comme un possède un bel objet, et la vie d’Elena, plus douce, plus paisible, moins tumultueuse que celle de son amie grâce aux études qu’elle fait. On retrouve cette réflexion, sous-jacente, du besoin d’éducation pour s’émanciper, et conquérir sa liberté. A plusieurs reprises, les personnages témoignent à Elena leur envie, en lui soufflant à quel point elle a été chanceuse de s’élever par la réussite sociale, une réussite qu’Elena ne pense d’ailleurs pas mérité, persuadée de rester liée à jamais, d’une manière ou d’une autre, à son quartier et sa famille de rustres, à la violence et la jalousie qui pavent son enfance.

Dans le monde, tout était équilibré et tout était risque : celui qui n’acceptait pas de prendre des risques et n’avait aucune confiance dans la vie dépérissait dans un coin.

A mesure que les relations s’enveniment dans le quartier, Elena comprend que les études, que parfois elle regrette pour l’intensité de la vie que mène Lila, sont sa seule porte de sortie ; à partir de cet instant, Elena gagne en maturité, notamment à sa sortie du lycée après quoi elle déménage à Pise pour étudier à l’Ecole Normale et s’éloigne de toute l’horreur de son enfance et de son adolescence, à telle point qu’elle devient étrangère aux yeux de sa famille, sans jamais se sentir totalement en raccord avec les milieux aisés qu’elle fréquente dès lors. Ce roman pose donc la question de savoir trouver sa place dans ce monde, et de se trouver soi, sans chercher à être quelqu’un d’autre, ce qu’Elena tente constamment de faire, hypnotisée par les manières des gens qu’elle fréquente – dont Nino Sarratore, le garçon qu’elle aime depuis sa jeunesse – sans parvenir à être véritablement elle-même et s’assumer. C’est une lutte de chaque instant pour la jeune femme de gommer son origine plus que modeste, ses manières rustres, son inculture, pour devenir à ce qu’elle considère comme un modèle de savoir et de puissance. Agacée par les mauvais traitements que lui inflige son amie, qui la rabaisse sans cesse pour masquer sa propre jalousie, au point qu’Elena continue de douter d’elle, elle décide de s’en éloigner et de ne plus la recontacter pendant un temps afin de se découvrir elle-même.

Qu’est-ce que cela pouvait bien me rapporter de devenir une autre ? Je voulais rester moi-même, liée à Lila, à notre cour d’immeuble, à nos poupées perdues, à Don Achille et à tout le reste ! C’était indispensable pour que je puisse ressentir intensément ce qui m’arrivait. En même temps, il est difficile de résister aux changements, et malgré moi je me transformais plus pendant cette période que lors de mes années à Pise.

La relation amour-haine entre Lila et Elena, toujours de plus en plus forte et envenimée, bouffe la moitié de ce roman tout comme elle bouffe nos deux amis, les avale, les mange, les disloque. Obnubilée par leur envie de se surpasser dans tous les domaine, de devenir celle qui supplantera l’autre, leurs affrontements se font de plus en plus complexes, compliquées, et douloureux ; bien que Lila soit le moteur et celle qui encourage Elena dans la poursuite de ses études, elle est aussi celle qui la met plus bas que terre quand elle ne sait pas taire son mal-être et son propre sentiment d’infériorité – la scène de la fête chez Mme Galiani, la professeure d’Elena, est très révélatrice à ce sujet. De l’autre côté, si Elena ne supporte pas l’éloignement avec Lila, de séparer sa vie de la sienne, elle comprend qu’elle en accepte plus que nécessaire et reste constamment tiraillée entre le désir d’inclure Lila dans les éléments nouveaux de sa vie, et la peur que le charme de cette dernière ne les lui ravisse. Cette rivalité et cet amour entre elle sont caractéristiques de la violence qui fait la vie de nos deux amis, de la relation qu’ont les citoyens avec leur propre pays, leurs propres institutions, et leur propre politique. Ce parallèle est terriblement intéressant à observer, puisqu’il nous fait sentir toute la douleur et la déchirure d’une relation aussi malsaine mais pourtant dont il est impossible de se passer ; c’est le fait de véritables sentiments humains qui se jouent ici, et c’est pour ça que c’est aussi passionnant.

Des mots : avec des mots on fait et on défait comme on veut.

Cette histoire, pleine de réflexions à tous les niveaux, de questionnement politiques, sociaux, économiques, culturels, sont portés, pour ne rien gâcher par la plume d’une auteure qui ne laisse pas le moindre détail au hasard, qui enrichit son récit d’anecdotes, de décor, de sentiments, pour une puissance indicible, et insaisissable, mais bien présente, et par deux personnages forts, qui se lancent dans la vie avec acharnements et volonté.

Malgré cette puissance dans la plume d’Elena Ferrante, certaines peuvent néanmoins refroidir le lecteur ; si elle s’avèrent nécessaire pour bien prendre toute l’ampleur de ce roman, le caractère même des personnages agacent, frustrent. De même, le très long récit de l’auteure manque de dialogue qui permettraient à certains moments de dynamiser l’action et de faire passer les 600 pages plus rapidement, sans s’embarrasser de longueur ou de redondances.

Parfois nous nous servons d’expressions absurdes et affichons des poses ridicules afin de dissimuler des sentiments pourtant simples.

Concernant les caractères de nos deux protagonistes, ce deuxième tome renforce leurs défauts et les rend parfois véritablement insupportables. Lila est de plus en plus méchante et destructrice avec celle qu’elle considère pourtant comme sa meilleure amie ; c’est une véritable teigne qui ne sait pas réfléchir posément, sans être dans l’agressivité permanente ; sa jalousie s’abat constamment sur Elena ; elle veut tout lui voler, tout lui prendre, sa dignité, ses désirs, ses bonheurs, et même ses amours, et il faut bien avouer que toute cette mauvaise foi, toute cette méchanceté d’une femme détruite à l’intérieur est parfois plus agaçant qu’attendrissant. Il y a certains moments où Lila est plus détestable que les Carracci, et même que les Solara, à qui elle reproche d’utiliser l’argent comme moyen de soumission, avant de ne pas hésiter à le faire elle-même pour assurer son pouvoir sur Elena.

Concernant Elena, c’est sa passivité et sa naïveté qui seraient à lui reprochait. Malgré tous les agissements horribles de Lila, ses paroles méchantes, ses actes insoutenables, elle reste vaille que vaille à ses côtés sans jamais réellement lui dire ce qu’elle en pense, en passant tout sous silence, en gardant tout pour elle pour se lamenter dans son coin. Cette inertie donne véritablement envie, à plusieurs reprises, de lui crier dessus pour se battre pour sa dignité, qu’elle abandonne pour Lila. Elena peut sembler manquer de caractère et de volonté, cette même volonté qu’elle admire mais qui lui fait défaut dans ses relations, à l’inverse de ses études ; elle ne sait pas se défendre, défendre ce qu’elle est, peut-être parce qu’elle ne le sait pas encore. Mais souvent, elle donne l’impression d’être un véritable serpillère, et les rares fois où elle tente d’agir comme elle pour rendre à Lila la monnaie de sa pièce, elle s’efface, par respect. Son doutes perpétuel sur elle-même est aussi vraiment trop redondant et agaçant, toues les deux pages elle doute, pour mieux remettre Lila sur on piédestal. Cette propension au pardon et à ne jamais rien dire de ce qu’elle pense se retrouve aussi dans sa relation avec Nino Sarratore, à qui elle continue de trouver des excuses pour mieux l’adorer quand il agit tout aussi terriblement que Lila, parfois même pire.

Nous avions grandi en pensant qu’un étranger ne devait même pas nous effleurer alors qu’un parent, un fiancé ou un mari pouvaient nous donner des claques quand ils le voulaient, par amour, pour nous éduquer ou nous rééduquer.

La violence devient vite de plus en plus étouffante – c’est sans doute le but – mais elle est aussi écrasante pour le lecteur avec des redondances, des répétitions, des descriptions riches mais des fois trop longues et inutiles, sans beaucoup de dialogues, avec un texte finalement très peu aéré, et très, peut-être trop dense.

Un roman explosif, insoutenable, qui manque certes d’actions mais qui son remplacé par un fouillsi de sentiments, de réalités destructrices et catastrophiques qui balaie l’image d’une Italie en pleine reconstruction, bouffée par la violence envers le pays, envers soi-même, et envers les autres. Malgré un récit difficile à parcourir avec des personnages forts, pourvu pour Lila comme pour Elena, d’une force et d’une volonté admirables mais de défauts qui rejaillissent d’autant plus à chacune de leurs rencontres qui font de leur amitié une longue rivalité, ce roman est un peur chef d’œuvre qui dépeint une société en mouvement, qui ne reste pas statique, déchirée avec elle–même et qui saura émouvoir tout le monde.

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